La violence envers les personnes atteintes de troubles psychiques

janvier 11, 2010 · Classé sous politique de santé mentale 

En France, les autorités tendent à souligner la dangerosité des malades plutôt qu’à recenser les cas où ces personnes sont victimes de violences, et à identifier dans quel contexte cela se produit. Or, les connaissances scientifiques avérées sur la violence associée à la maladie mentale dressent un tout autre tableau.

La synthèse de 17 études statistiques conduites dans les pays développés depuis 1990 permet de combattre une idée reçue  : celle du fou dangereux pour la société. Ce stéréotype date d’un demi-siècle au moins. En fait le risque attribuable aux personnes souffrant de troubles mentaux graves est inférieur à celui des risques liés à l’alcool (drogue socialement bien tolérée en France) et à l’abus de substances toxiques. Globalement, la différence de dangerosité entre les malades mentaux et la population générale n’est pas plus élevée que celle qui est constatée entre l’agressivité des hommes et celle des femmes, en population générale.

Ces études ont établi au contraire que la maladie mentale d’une personne risque d’en faire la cible de violences dans la vie courante. Les faits d’agression subie par les malades (leur victimation) , bien que scientifiquement établis dans plusieurs pays développés, sont souvent omis dans les discours publics alors que l’accès aux soins pour tous n’est pas assuré.  Au lieu de stigmatiser les personnes malades, il faudrait plutôt les protéger contre les violences ordinaires auxquelles elles sont exposées.

Quelques exemples de situations violentes illustrent cette affirmation.
A Los Angeles, la fréquence de victimation des personnes atteintes de troubles mentaux graves, en cas de crimes violents subis est 12 fois plus élevée qu’en population générale, le vol sur la personne est 140 fois plus élevé, et quatre fois plus s’il s’agit d’un vol contre la propriété.  Aux USA les femmes subissent trois fois plus d’agressions physiques et sexuelles que les hommes. Le sous-groupe des malades SDF est encore plus exposé à ces risques. Une étude longitudinale montre que l’obligation de soins en dehors de l’hôpital réduit la victimation criminelle du fait du soutien social pendant la période d’accompagnement. Le contexte géographique et social est influent comme le montre l’étude sur la Finlande où on ne constate pas de différence significative entre les deux populations, contrairement au cas de Los Angeles ou de Chicago.

Des situations sans violence physique, sont également analysées

Le harcèlement comprend le  vandalisme du domicile du patient, le jet de pierres, les insultes, les menaces, les bousculades. Une étude écossaise montre que toutes choses égales par ailleurs (CSP, localisation géog) 60% des personnes malades déclarent en avoir été victimes contre 40% en population générale, les abus verbaux à l’encontre des malades font référence à leur maladie mentale. Ils sont convaincus dans 9 cas sur 10 que c’est à cause de leur maladie et seulement 4 fois sur 10 que c’est  à cause d’une situation vulnérable.

La violence dans les lieux de soins psychiatriques peut résulter de fautes de l’établissement (physique, sexuelle, maltraitance, harcèlement moral, intimidation), mais également de certaines situations liées aux soins : subir une contention physique ou un séjour en chambre d’isolement, assister à la crise d’un autre patient, ou à un événement traumatique.  Ces faits provoquent perte de confiance, peur, impuissance, détresse ou humiliation. De tels affects sont plus souvent ressentis par les patients ayant été abusés dans leur enfance, ou ayant déjà subi des violences physiques.

La discrimination se produit lorsque les personnes souffrant de troubles sont évincées sans cause réelle, c’est-à-dire sans rapport avec le critère de sélection destiné aux personnes non malades. Cela peut concerner l’exercice du droit de vote, l’éligibilité, l’accès au logement et à l’emploi, aux banques et aux crédits, à la justice.

En conclusion :
Ce résumé succint d’études épidémiologiques complexes, montre que les personnes souffrant de troubles mentaux sont plus souvent victimes qu’auteurs de violences. Beaucoup reste à faire pour décrire et analyser les situations, agir sur les causes pour y remédier plutôt que de se contenter de l’action compensatrice d’associations caritatives. Des études longitudinales à long terme seraient nécessaires pour étayer la politique de santé mentale du gouvernement.

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