Les troubles psychiques des SDF à Paris

janvier 2, 2010 · Classé sous politique de santé mentale 

L’Observatoire du Samu social de Paris, dix ans après l’enquête de  l’Elan Retrouvé de 1996, a réalisé une enquête au printemps 2009, auprès de 859 personnes rencontrées dans 135 structures d’urgence (CHU, centres hospitaliers spécialisés, Lits halte soins santé, accueil de jour, points de distribution de repas chauds) et d’accueil social (hôtels sociaux, centres d’hébergement et de réinsertion sociale, centres maternels). La méthodologie a été l’objet d’un important travail pour s’assurer de bien appréhender une population difficile d’accès et de bien cerner les pathologies psychiatriques. L’enquête a été réalisée en collaboration avec l’unité Inserm 707 et un groupe de recherche pluridisciplinaire, à la demande de la mairie de Paris et de la préfecture de police de Paris. Elle complète le Rapport remis au Gouvernement.

LA FREQUENCE ELEVEE DES TROUBLES

Les personnes sans domicile fixe (SDF) souffrent 10 fois plus que la population générale de troubles psychotiques.

Près d’un tiers des personnes souffrent d’au moins un trouble psychiatrique sévère, dont 13,2% de troubles psychotiques, 6,7% de troubles de l’humeur sévère et 12,2% de troubles anxieux. L’enquête montre également que les troubles dépressifs sont quatre fois plus importants chez les « personnes sans logement personnel » et que les jeunes de moins de 25 ans sont particulièrement touchés.

UN RECOURS AUX SOINS INTERROMPU

Avec cette forte prévalence de troubles psychiatriques, les enquêtés sont caractérisés par une interruption du suivi psychiatrique. Si deux tiers (68,2%) des personnes atteintes de troubles sévères ont eu au moins une fois recours à des soins pour des problèmes émotifs, nerveux, psychologiques, psychiatriques ou de comportement, 18,2% seulement avaient un suivi au moment de l’enquête (37,7% des psychotiques, 13,4% des personnes avec troubles sévères de l’humeur, 8,4% des personnes avec troubles anxieux).

Trois-quarts des personnes ayant eu un suivi ne l’ont plus, alors même que les enquêteurs ont conclu à l’existence de troubles psychiatriques. La rupture de suivi concerne 41,8% des personnes psychotiques, 81,1% des personnes avec troubles sévères de l’humeur et 88,5% des personnes avec troubles anxieux.

Par ailleurs, 22,3% des personnes diagnostiquées par le psychiatre comme ayant un trouble sévère n’ont jamais eu recours aux soins pour ces motifs: 25,6% des psychotiques, 28% des personnes avec troubles sévères de l’humeur et 22,2% des personnes avec troubles anxieux.

Les résultats concernant la prévalence et le recours aux soins sont très proches de ceux obtenus en 1996, alors que la population sans logement personnel a dans le même temps beaucoup augmenté, les chercheurs estiment que l’action des équipes mobiles de psychiatrie précarité semble avoir porté ses fruits.

« Le recours aux soins est non négligeable mais le maintien dans le soin est inopérant avec peu de personnes en cours de soins », cette conclusion scientifique montre que l’offre de soins, à Paris, reste à améliorer pour atteindre l’objectif collectif de « la santé pour tous ».

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