les pairs-aidants

août 24, 2009 · Classé sous rôle des usagers 

Qui sont-ils ?
Ce sont des personnes vivant ou ayant vécu un trouble grave de santé psychique, prêtes à dévoiler leur histoire personnelle de la maladie, intéressées par la perspective de travailler au sein d’un réseau de santé mentale, et capables de transmettre leur expérience vécue à d’autres patients. Certaines personnes atteintes de troubles psychiques ont une formation initiale supérieure, un passé professionnel reconnu, et une expérience associative (animation de groupes d’entraide, de comités d’usagers,…). Ce potentiel est susceptible d’aider d’autres personnes malades, comme le montrent des expériences conduites en Amérique du Nord et en France.
Un programme québécois a été construit depuis 2006 afin de promouvoir l’embauche et l’intégration de pairs-aidants à un poste de travail dans les services de santé mentale (salaire et statut ordinaires). Une association de réadaptation psychosociale, et une association d’utilisateurs des services de santé mentale, avec l’appui du ministère de la santé et l’office des personnes handicapées du Québec, ont construit un programme de formation-action. Il est intégré au plan d’action ministériel 2005-2010, qui préconise l’embauche de pairs-aidants dans un tiers des équipes de suivi intensif. Cette formation s’adresse aux pairs-aidants et aux services d’accueil offrant une embauche, elle est prolongée par un soutien aux pairs-aidants et aux milieux d’embauche.
Ces expériences nord-américaines commencent à essaimer en France, en particulier à Lille . Elles montrent la nature des contributions que peuvent apporter usagers ou ex-usagers des services de soins lorsqu’ils sont mis en position de pair-aidant, qui ne se substituent ni aux soignants ni aux thérapeutes.
En premier lieu , l’échange établi entre deux personnes – les pairs – reconnaît à l’autre le pouvoir de gérer son propre rétablissement. Les soignants savent bien que dans une institution hospitalière les échanges entre malades sont incontrôlables, ils peuvent traduire un besoin d’entraide entre patients et aboutir à un échange d’expériences vécues sur la maladie et les soins. Les connaissances profanes ainsi échangées sont rarement accessibles aux malades, plus généralement soumis à l’inégalité d’information médecin-malade. Une enquête qualitative analysant les récits de vie d’un échantillon de patients pour mieux connaître leur vécu personnel, a permis d’identifier le sens qu’ils donnent à ce qu’ils éprouvent. Une vingtaine de patients « schizophrènes », hospitalisés à plusieurs reprises et suivis en ambulatoire au CMP, dont le trouble a été diagnostiqué depuis environ 18 années et qui sont considérés comme stabilisés aujourd’hui, s’exprime librement face à des sociologues et en l’absence de leurs soignants. Ces expériences du chemin parcouru vers le rétablissement, exprimées en langage ordinaire, sont stimulantes pour les personnes en cours de soins et pour leur entourage.
En second lieu, au-delà du contenu du témoignage de l’aidant, c’est la relation d’aide, la rencontre, qui est l’occasion pour l’aidé de découvrir en lui-même les ressources à « pouvoir agir », faire face, reprendre la main sur la conduite de sa propre vie. Une inspiration humaniste ne suffit pas à l’aidant, qui devrait pouvoir se former à son rôle, en connaître les risques, atouts et limites, la situer dans son environnement social. Le programme québécois vise l’acquisition des connaissances et des habiletés nécessaires au professionnalisme du pair-aidant, centré sur le processus de rétablissement.
Enfin, Le rôle de pair-aidant est valorisant pour l’aidant . Il est une reconnaissance de sa capacité à sortir de l’image de fragilité ou des stigmates négatifs de travailleur handicapé, une occasion de rebondir . La reconnaissance de son expertise en matière de rétablissement pourrait être formalisée par les procédures de Valorisation des Acquis de l’Expérience afin de faciliter son intégration dans un emploi ordinaire.

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