« Le Monde » notre protestation au courrier des lecteurs.

mai 26, 2011 · Classé sous démocratie sanitaire, Droit des malades · Commentaires fermés sur « Le Monde » notre protestation au courrier des lecteurs. 

Notre association est scandalisée et révoltée de constater que Le Monde, journal pourtant réputé sérieux, a publié par deux fois, à quelques semaines d’intervalle[1], dans la rubrique des lecteurs, une même « contribution » d’un certain M. Rémy GIGOS, 90-Bessoncourt,  intitulée « Santé De la souffrance » et traitant de l’actuel projet de loi sur la psychiatrie. Comment cela a-t-il pu être sélectionné ? Car il ne s’agit pas en effet d’une « opinion », mais, comme nous allons le voir, d’un tissu de mensonges avérés qui non seulement peuvent induire vos lecteurs en erreur mais surtout entrainer de la part des malades un refus ou une rupture de soins aux conséquences potentiellement mortelles.

Une première contre-vérité, deux mensnges et une distorsion de M. Gigos :

– contre-vérité : « Si cette loi est adoptée, affirme ce Monsieur, toute personne qui trouble l’ordre public et qui présente une menace pour ses semblables pourra recevoir à son domicile la visite d’un infirmier psychiatrique qui lui fera une piqûre destinée à la faire rentrer dans le droit chemin. Si elle refuse, elle sera internée.». Ou M. Gigos n’a pas lu la loi ou ne l’a pas comprise ou a délibérément choisi de mystifier le public.

-1er mensonge : le projet de loi ne fait nullement référence à des soins contraints à domicile pour  « toute personne qui trouble l’ordre public », mais uniquement pour celles reconnues comme souffrant de troubles psychiatriques par plusieurs psychiatres (au moins 2) et dans l’incapacité de consentir aux soins du fait de leurs troubles mentaux et seulement après une période d’hospitalisation temps plein.

-2ème mensonge : la piqûre dont cette personne serait «  menacée », n’est pas destinée à la « faire rentrer dans le droit chemin » (de telles substances n’existent pas !), mais à faire disparaître les symptômes, sources de souffrance (hallucinations, délires, pensées imposées) qui l’enferment dans un monde irréel et la privent de son libre arbitre.

-3ème distorsion de la réalité, on n’est jamais « interné » dans un hôpital, fut-il psychiatrique, mais « hospitalisé ». Car c’est la maladie qui prive le patient de sa liberté, et seuls des soins peuvent l’aider à la retrouver. Si les soins en ambulatoire s’avèrent impossibles, il faudra recourir à la ré-hospitalisation.

Deuxième contre-vérité : M. Gigos affirme que « Cette loi est un mensonge puisqu’elle laisse croire que des médicaments psychotropes administrés de force vont soigner les malades gravement atteints ».

N’en déplaise à M. Gigos, et en dépit de la grande variabilité de l’évolution des psychoses, d’innombrables études ont démontré partout dans le monde que les neuroleptiques (ou antipsychotiques) ont une action favorable contre les symptômes dans 90% des cas et permettent à 80% des patients de vivre en milieu ordinaire. En outre ces médicaments augmentent l’espérance de vie des malades. Celle des malades schizophrènes est en effet considérablement amputée par rapport à la population générale (de 20 à 25 ans selon les études).

Troisième contre-vérité assénée à vos lecteurs par M. Gigos : « Cette loi … augmentera le nombre de personnes traitées par des neuroleptiques … Il faudra donc s’attendre à davantage d’actes violents résultant de ces traitements ».

On atteint là le summum de l’esprit manipulateur de ce Monsieur. Voilà des années et des années qu’il est établi, tout au contraire, que la plupart des rares patients auteurs de violences ou de troubles à l’ordre public sont alors en rupture de soins ou n’ont jamais eu accès aux soins.

Le Monde ne semble pas avoir dépisté non plus que l’argumentation de M. Gigos est calquée sur celle développée par la « Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme », dépendant officiellement de « l’église de Scientologie ». Comment une telle accumulation de propos inexacts et tendancieux a-t-elle pu passer les contrôles de votre publication sans susciter de réactions de la part de votre rédaction ? C’est une faute professionnelle. Une enquête nous paraît opportune car nous ne pouvons imaginer que Le Monde serve de relais à « l’église de Scientologie ».

La publicité faite par votre journal à ces hypocrisies ne manquera pas de choquer vos lecteurs les plus avertis. Plus gravement, elle risque d’éloigner des soins des personnes qui en auraient besoin et cela n’est pas admissible.

Par ailleurs, notre association est étonnée de l’écho quasi exclusif donné dans vos colonnes aux prises de position des groupes, minoritaires mais bruyants « Mais c’est un homme », « la Nuit sécuritaire », « l’Appel des 39 » au sujet de la loi sur la psychiatrie en débat au Parlement. Au prétexte de la présence dans ce projet de dispositifs sécuritaires effectivement inadmissibles[2], ils rejettent les propositions introduites pour faciliter l’accès aux soins et leur continuité. Ces groupes sont appuyés, il est vrai, par de respectables institutions  (La Ligue des Droits de l’Homme) et par des partis politiques de gauche qui, comme vous, se sont laissé circonvenir par de pompeuses références au respect et à la liberté des malades. En agissant ainsi, ils instrumentalisent la psychiatrie exactement comme l’a fait le président Sarkozy dont ils dénoncent les vues « sécuritaires ». Nous considérons qu’il y a mieux à faire vis-à-vis des malades et de l’opinion. Par exemple, pourquoi ne pas interroger, parmi les électeurs et vos lecteurs, ceux qui ont mis des mois et parfois des années avant de parvenir à faire soigner leurs proches malades (du moins si ceux-ci n’étaient pas morts prématurément faute de soins)?

Comme nous vous l’avons exprimé plus haut, notre association qui réunit des personnes souffrant de schizophrénie, leurs proches, leurs amis est profondément blessée par l’attitude de votre journal qui témoigne :

– d’une totale ignorance de ce qu’est cette maladie au quotidien,

– d’une grande indulgence face à ceux qui propagent ces contrevérités,

– d’une complaisance coupable vis à vis de ceux qui font mine de ne pas voir que l’accès aux soins psychiatriques et leur continuité sont un désastre dans notre pays.

Pour essayer de corriger ces errements, qui, de notre point de vue, constituent de graves fautes professionnelles de la part d’un journal d’information, nous vous demandons instamment de prendre les trois décisions suivantes:

1)    Faire paraître dès que possible dans la rubrique « courrier du jour » le court texte ci-joint.

2)    Demander à un journaliste compétent en la matière d’écrire pour la rubrique « Médecine » ou pour la rubrique « Sciences » un article faisant enfin le point des connaissances actuelles sur la schizophrénie: définition, symptômes, soins etc. La boite noire du cerveau est plus qu’entrouverte, vos lecteurs doivent l’apprendre. L’abrégé « La schizophrénie de l’adulte : des causes aux traitements » du Dr M. Saoud et du Pr T. d’Amato (Masson ed.) devrait suffire à vous convaincre de la nécessité d’une telle publication. Le vote de la loi, prévu le 14 juin prochain, pourrait être l’occasion de sa parution urgente !

3)    Lancer simultanément une enquête d’investigation qui révèle au grand public le scandale que constitue trop souvent en France la mauvaise prise en charge des troubles psychiatriques les plus invalidants. Des guides de bonnes pratiques existent !

Persuadés de l’intérêt que vous ne manquerez pas de porter à nos observations générales et à nos critiques concernant le manque de rigueur de votre prestigieuse publication et souhaitant une réponse positive à nos demandes de révisions, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Directeur, nos salutations distinguées.

Pour le bureau :        Marie-Agnès Letrouit,  Paul Cossé


[1] La dernière fois dans l’édition datée du 17 mai 2011,

[2]Partiellement corrigés par le Parlement

accès et continuité des soins: un droit constitutionnel à garantir en psychiatrie

mai 9, 2011 · Classé sous Droit des malades · Comment 

Le droit pour chacun d’accéder aux soins dont il a besoin, est un droit inscrit au préambule de la Constitution et réaffirmé dans l’article L. 1110-1 du Code de la Santé publique. Il concerne toute personne sans restriction y compris celles que leur état physique ou mental empêche de formuler une demande de soins. Ces dispositions permettent de soigner chaque jour sans difficulté particulière les milliers de victimes de crises cardiaques, accidents de la route, tentatives de suicides, démences, maladie d’Alzheimer….

L’association « SCHIZO ?…Oui ! Faire face à la schizophrénie » demande que ce droit fondamental soit respecté sans restriction à l’endroit des personnes souffrant de troubles psychiatriques affectant leur jugement, leur contact avec la réalité et leur capacité à consentir. Compte-tenu de l’importance éthique de l’évaluation de cette incapacité à consentir, elle doit se faire de la façon la plus rigoureuse possible, par un médecin, en respectant les protocoles existants, validés nationalement (Haute Autorité de Santé) ou internationalement (Organisation Mondiale de la Santé, World Psychiatric Association).

L’accès aux soins doit être le plus précoce possible car : « Il y a urgence médicale, dès que l’absence de soins risque d’entraîner une détérioration de l’état du malade ou l’empêcher de recevoir des soins appropriés »[1]. A contrario, attendre qu’il y ait danger (pour le malade ou pour autrui) ou qu’un trouble grave à l’ordre public se produise, est un facteur d’aggravation de la maladie, c’est une faute punissable selon les principes de non-assistance à personne en danger et/ou de mise en danger d’autrui. Tout organisme et toute personne susceptibles d’intervenir doivent aider le malade à accéder aux soins : autorités sanitaires, tout autre service public (police, pompiers, services sociaux, mairie) ou organisme privé, les usagers du système de santé et tous les citoyens. Ne pas intervenir est là encore une faute punissable.

Le problème n’est pas celui de soins psychiatriques médicalement «abusifs », ce n’est pas non plus celui de la « libération » prématurée de malades présumés dangereux. Le scandale, en France, c’est l’abandon sans soins, de centaines de milliers de personnes victimes de maladies graves, à l’origine, chaque année, de dizaines de milliers de morts prématurées.

Exigeons pour tous les malades inconscients de leur etat, qu’ils souffrent de maladies psychiatriques ou autres, un meme accès aux soins précoce, facile et digne.

(Communiqué de presse du 29 avril 2011)


[1] Haute Autorité de santé, avril 2005

Une nouvelle loi pour soigner les fous, est-ce bien nécessaire ?

décembre 27, 2010 · Classé sous accès aux soins, Droit des malades · Commentaires fermés sur Une nouvelle loi pour soigner les fous, est-ce bien nécessaire ? 

Dans son exposé des motifs, le projet de loi relatif aux droits et à la protection des personnes handicapées en raison de troubles mentaux affirme vouloir « lever les obstacles à l’accès aux soins et garantir leur continuité sans remettre en question les fondements des dispositifs actuels ». Il propose de remplacer la notion « d’hospitalisation » par celle de « soins sans consentement » y compris en dehors de l’ hôpital . L’ignorance du public, la peur des soins en psychiatrie sont un frein.
Des pratiques médicales fautives, dont le refus de soigner les patients incapables de se savoir malades et donc de demander des soins, en sont un autre.
Enfin une loi spécifique à la psychiatrie qui, loin de favoriser l’accès aux soins comme on aurait pu le croire, comparativement à la loi générale, ne fait que le compliquer, Lire la suite

Refus de soins et capacité à consentir

octobre 9, 2009 · Classé sous Droit des malades · Commentaires fermés sur Refus de soins et capacité à consentir 

Le consentement s’appuie sur des principes politiques avérés : la liberté de choisir, liberté garantie par notre droit, et son corollaire, la résistance, la capacité de dire non à une injonction. Car dire  » oui « , c’est aussi pouvoir dire  » non « . Mais ce droit fondamental du patient se heurte aux limites juridiques de l’exercice médical .

L’information puis la recherche du consentement du malade sont des moyens de remédier à la fameuse dissymétrie relationnelle existant entre le médecin qui sait et le patient qui ignore. Aux termes de la loi du 4 mars 2002, le malade devient acteur de cette décision puisqu’il prend avec le professionnel de santé et compte tenu des informations et préconisations qu’il lui fournit, toute décision concernant sa santé (Code de Santé publique L. 1111-4). Sur le plan civil, le consentement est un élément fondateur du contrat médical, de l’alliance thérapeutique soignant-soigné. Mais sur le plan pénal le seul fait justificatif de l’intervention médicale sur le corps d’autrui est légitimé par l’intérêt thérapeutique de l’intervention proposée. « Il ne peut être porté atteinte à l’intégrité du corps humain qu’en cas de nécessité médicale pour la personne. Le consentement de l’intéressé doit être recueilli préalablement hors le cas où son état rend nécessaire une intervention thérapeutique à laquelle il n’est pas à même de consentir » (code civil article 16-3).
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Soins sans consentement

mars 4, 2009 · Classé sous Droit des malades · Commentaires fermés sur Soins sans consentement 

La publication de notre lettre ouverte au Président a suscité une question d’un internaute sur le droit applicable à l’accès aux soins sans consentement du malade. Madame Marie-Agnès LETROUIT, Présidente de l’association Schizo ?…oui ! explicite les articles de loi y afférant. Lire la suite