soins sous contrainte et liberté personnelle
Toute maladie limite nos libertés, et les maladies psychiatriques plus que d’autres. Elles altèrent le contact avec la réalité et empêchent les malades de tirer profit de ce que la vie enseigne. Seuls les soins, en restaurant les capacités de la personne, lui permettront d’exercer à nouveau son libre arbitre. Cela est vrai même des soins sans consentement.
Ce fait est solidement établi. Par exemple, dans le cas des troubles schizophréniques, de nombreuses études montrent que les soins sont bénéfiques dans tous les cas[1]. Les médicaments jouent un rôle essentiel : ils allongent l’espérance de vie tandis que les thérapies non médicamenteuses et la qualité de l’environnement social diminuent le nombre de rechute et améliorent la qualité de vie. Dans 15 à 20% des cas, les capacités des patients sont totalement restaurées, pour 60 autres pour cent, l’amélioration obtenue permet une vie autonome hors de l’hôpital. Pour les 20 derniers centiles, qui concernent les schizophrénies résistantes aux médicaments, le « prendre soin » permet d’offrir aux patients une vie la plus « heureuse » possible.
Le soigner, c’est rendre au malade sa liberté de penser et d’agir.
Refuser de le soigner, c’est l’abandonner à sa souffrance, le condamner à la mort, à la prison, à l’errance.
C’est une faute pénalement punissable : la non assistance à personne en danger, la mise en danger d’autrui.
Cette faute doit ouvrir des droits à réparation, tant pour le malade que pour les victimes de ses agissements éventuels.
Le Sénat se doit d’élaborer un dispositif légal pour qu’en cas de refus de soigner ou d’aider à l’accès aux soins d’une personne incapable d’en faire la demande du fait de ses troubles, une plainte puisse être déposée par toute personne, physique ou morale, ayant eu connaissance d’une telle faute.
(Communiqué de presse du 2 mai 2011)
,[1] Voir les traités de psychiatrie générale dont : 2006. Saout M., D’Amato T., La schizophrénie de l’adulte, 234p, Masson, Paris. Lire aussi les articles spécialisés suivants : 1976, Ciompi L., Müller C., Lebensweg und Alter der Schizophrenen. Eine katamnestische Langzeitstudie bis ins Senium. Springer, Berlin ISBN 0-387-07567-4, 2010, — Ciompi L. et al., 2010, Deep concern, Schizophrenia Bulletin vol 36, n°3, , Oxford University Press. — 2009, Tihonen J. et al., 11-year follow-up of mortality in patients with schizophrenia: a population-based cohort study (FIN11 study), The Lancet, V 374, n 9690, pp 620 – 627.
La santé mentale est l’affaire de tous
La santé mentale est déterminée par de multiples facteurs socio-économiques qui outrepassent la qualité des soins spécialisés. L’importance de ces facteurs de contexte a été depuis longtemps identifiée par l’Organisation Mondiale de la Santé. Partout dans le monde, un cercle vicieux entretient la mauvaise santé mentale : la pauvreté est simultanément cause et effet des troubles des personnes laissées sans soins appropriés, soumises à un stress durable et destructeur de leurs capacités.
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Urgences et continuité des soins
A Paris les urgences sont organisées pour faire face à un accident de santé individuel ponctuel ou à une épidémie (grippe, canicule, tempête, inondation…). Le traitement rapide d’une crise est défini pour l’ensemble (MCO) médecine, chirurgie, obstétrique : la Police, ou les Pompiers, ou le SAMU, se déplacent auprès du patient et le transportent en cas de nécessité vers le service des urgences d’un hôpital. En réalité, un tiers des urgences est constitué de malades qui se rendent seuls à l’hôpital pour obtenir un diagnostic et un traitement rapides, alors qu’un centre de santé, ou une maison médicale, ou un médecin de ville seraient techniquement suffisants. Mais la garde médicale n’est pas effective en permanence 24h sur 24 et 7 jours sur 7, et sans dépassement d’honoraires, comme le permettrait le grand nombre de médecins installés à Paris. Les malades et les médecins libéraux critiquent l’encombrement des urgences (délais d’attente, difficulté d’accès à un urgentiste sénior) alors que le service des urgences est préoccupé par les difficultés d’évacuation du malade vers un service médical approprié à son état. Sont concernés l’Ordre des Médecins, responsable en principe de l’organisation de la garde médicale libérale, l’assurance maladie qui supporte le coût financier d’un recours excessif aux urgences, et l’État responsable du secteur public. Ces dysfonctionnements reconnus par les professionnels seraient réduits par une meilleure organisation du système, une contribution de la médecine libérale à la prise en charge du service public des urgences et l’abandon de l’exercice isolé du métier. La situation est encore plus déficitaire en psychiâtrie. Read more

