Elections présidentielles
Mesdames les candidates, Messieurs les candidats aux élections présidentielles,
La schizophrénie touche 600 000 personnes en France. Si certaines conséquences spectaculaires de sa mauvaise prise en charge font périodiquement la une des journaux, elle demeure mal connue du public. La mortalité qu’elle entraine, son coût social exorbitant sont passés sous silence et notre système de santé la traite mal comme le montre le rapport de la Cour des Comptes sur le plan Santé Mentale 2005-2008 (publié en décembre 2011).
Schizo ?…Oui ! Faire face à la schizophrénie est une association nationale, agréée et subventionnée par le Ministère de la Santé. Elle regroupe des patients souffrant de schizophrénie, leurs familles et des citoyens avertis. Elle est la seule association nationale d’usagers qui nomme cette maladie par son nom internationalement reconnu.
Nous n’aborderons pas ici toutes les questions se rapportant à cette maladie. Toutefois, nos adhérents sont intéressés par les propositions de politique de santé mentale que vous vous engagez à appliquer si vous êtes élu (e) et en particulier vos propositions concernant l’immense problème que représente l’accès aux soins des patients qui, atteints de schizophrénie, sont inconscients de leur état (anosognosie psychotique).
La première constatation est que la moitié de ces personnes, soit environ 300 000 citoyens, n’ont aucun accès aux soins pourtant indispensables. Envisagez-vous une campagne d’information ?
Le défaut de soins est à l’origine de suicides, de clochardisations, de surpopulation carcérale des malades et parfois d’atteintes à l’ordre public. Avez-vous un objectif chiffré de baisse de ces populations marginalisées ? Devra-t-on attendre encore longtemps pour que les SAMU soient impliqués en psychiatrie et pour que les forces de l’ordre et les pompiers interviennent sans attendre la délinquance ?
Que comptez vous faire pour supprimer les déserts médicaux psychiatriques et ramener à leur métier de base les médecins spécialisés en psychiatrie ? Certains pratiquent des psychothérapies « de confort » qui sont remboursées les yeux fermés par la sécurité sociale alors que les services publics de psychiatrie peinent à recruter leurs psychiatres. Ferez-vous le nécessaire pour que les psychothérapies reconnues nécessaires et confiées à des psychothérapeutes diplômés soient remboursées par la sécurité sociale comme c’est le cas dans d’autres pays ? Agirez-vous pour que la qualité des soins soit partout en France conforme aux recommandations nationales et internationales ?
Comment sécuriserez-vous le parcours de soins ? Que ferez-vous pour les malades qui, non hospitalisés mais toujours incapables de se savoir malades, ne peuvent assurer leur propre sécurité sanitaire ? Imposerez-vous les soins sans consentement en ambulatoire prévus par la loi du 5 juillet 2011 ? L’éducation thérapeutique des patients, la psychoéducation des proches ont fait très largement la preuve de leur efficacité. Comptez-vous les généraliser ? Dans quel délai créerez-vous les structures intermédiaires prévues il y a 30 ans, lors de la fermeture de milliers de lits en psychiatrie, pour accueillir les patients les plus dépendants ?
Nous comptons sur vos actions et attendons vos réponses avant le 15 avril.
Recevez, Mesdames les candidates, Messieurs les candidats, nos respectueuses
salutations citoyennes.
la présidente, les membres du bureau et du conseil d’administration,
les chargés de mission.
Centres Experts en schizophrénie
Les obstacles rencontrés par les usagers et leur famille sont l’absence d’annonce du diagnostic, le flou du vocabulaire des soignants dans la désignation de la maladie, l’absence d’échelle d’évaluation des symptômes (par ex. déni, degré d’insight,…) et d’évaluation de la gravité du handicap. L’Organisation Mondiale de la Santé a constaté depuis longtemps la variabilité des diagnostics portés par des psychiatres sur un même malade. Une étude plus récente[1] a mesuré leur variation dans le temps à dix ans, et constaté une instabilité des diagnostics si forte (l’instabilité a concerné plus de la moitié des patients de l’échantillon) qu’il est finalement recommandé de ré-évaluer le diagnostic à chaque moment du suivi. Pour ce faire, un progrès significatif est attendu des Centres Experts.
Les Centres Experts sont spécialisés dans l’évaluation, le diagnostic et l’aide à la prise en charge d’une pathologie psychiatrique spécifique, telle que la schizophrénie. Labellisés par la Fondation FondaMental [2], et hébergés au sein de services hospitaliers ou de cliniques pluridisciplinaires, les Centres Experts incarnent un dispositif innovant et précurseur d’une politique de soins et de prévention. Read more
Internet et santé mentale
Sur Internet, tout le monde peut trouver aujourd’hui des informations, conseils, pré-diagnostics, concernant les troubles psychiques. Les groupes de discussion et « blogs » entre malades sont de plus en plus utilisés. Les psycho-thérapies en ligne commencent à se développer dans le domaine des thérapies cognitivo-comportementales. L’enseignement à distance se diffuse pour les étudiants en psychiatrie, et peut être utilisé en formation continue par tous les professionnels du secteur de la santé mentale. Grâce aux réseaux sociaux (Twitter, Facebook, Yahoo,…) l’information peut circuler à distance sur les téléphones mobiles, et atteindre des publics éloignés du corps médical, en zone rurale, en situation de guerre, dans les pays en voie de développement.
Très développés en Amérique du Nord, ces outils sont appréciés des usagers à la recherche d’une information concrète, peu coûteuse, indépendante de celle qui serait délivrée par les soignants. L’information peut se répandre et contribuer à réduire la stigmatisation des maladies mentales, elle favorise la prévention en permettant les diagnostics précoces. Il semble que les blogs de patients inspirent confiance, parce qu’ils reposent sur des témoignages vécus. Par ailleurs, certains sites d’information sont nourris par des Laboratoires Pharmaceutiques vantant les mérites de leurs molécules. Les diagnostics et psychothérapies portent sur des cas ordinaires, « moyens », incapables de cerner la diversité des situations et des personnalités. A la longue, les usagers des thérapies en ligne se plaignent du manque d’interaction humaine. Deux problèmes fondamentaux se posent : la qualité des informations, leur appropriation au cas particulier d’un patient et à l’évolution de ses attentes.
La qualité des informations médicales accessibles sur les sites officiels français est contrôlée par le Ministère de Santé, mais la consultation de sites étrangers est hors de contrôle. Les Forums et Blogs, en France et ailleurs, sont librement créés et consultés. C’est le cas de http://www.doctissimo.fr/ qui offre une gamme complète de documents.
Ces nouveaux outils d’information peuvent compléter l’offre de soins, à condition que les patients-internautes ne perdent pas leur esprit critique, et sachent nouer une alliance thérapeutique durable avec des professionnels de la santé mentale accessibles dans leur environnement.
Source : Conférence de Christophe Herbert (coordonnateur de recherche à l’Institut universitaire en Santé Mentale Douglas. Université de MacGill ) au Centre hospitalier Sainte Anne de Paris le 7 juin 2011. Visible sur le sute Vimeo/Psycom75
« Le Monde » notre protestation au courrier des lecteurs.
Notre association est scandalisée et révoltée de constater que Le Monde, journal pourtant réputé sérieux, a publié par deux fois, à quelques semaines d’intervalle[1], dans la rubrique des lecteurs, une même « contribution » d’un certain M. Rémy GIGOS, 90-Bessoncourt, intitulée « Santé De la souffrance » et traitant de l’actuel projet de loi sur la psychiatrie. Comment cela a-t-il pu être sélectionné ? Car il ne s’agit pas en effet d’une « opinion », mais, comme nous allons le voir, d’un tissu de mensonges avérés qui non seulement peuvent induire vos lecteurs en erreur mais surtout entrainer de la part des malades un refus ou une rupture de soins aux conséquences potentiellement mortelles.
Une première contre-vérité, deux mensnges et une distorsion de M. Gigos :
- contre-vérité : « Si cette loi est adoptée, affirme ce Monsieur, toute personne qui trouble l’ordre public et qui présente une menace pour ses semblables pourra recevoir à son domicile la visite d’un infirmier psychiatrique qui lui fera une piqûre destinée à la faire rentrer dans le droit chemin. Si elle refuse, elle sera internée.». Ou M. Gigos n’a pas lu la loi ou ne l’a pas comprise ou a délibérément choisi de mystifier le public.
-1er mensonge : le projet de loi ne fait nullement référence à des soins contraints à domicile pour « toute personne qui trouble l’ordre public », mais uniquement pour celles reconnues comme souffrant de troubles psychiatriques par plusieurs psychiatres (au moins 2) et dans l’incapacité de consentir aux soins du fait de leurs troubles mentaux et seulement après une période d’hospitalisation temps plein.
-2ème mensonge : la piqûre dont cette personne serait « menacée », n’est pas destinée à la « faire rentrer dans le droit chemin » (de telles substances n’existent pas !), mais à faire disparaître les symptômes, sources de souffrance (hallucinations, délires, pensées imposées) qui l’enferment dans un monde irréel et la privent de son libre arbitre.
-3ème distorsion de la réalité, on n’est jamais « interné » dans un hôpital, fut-il psychiatrique, mais « hospitalisé ». Car c’est la maladie qui prive le patient de sa liberté, et seuls des soins peuvent l’aider à la retrouver. Si les soins en ambulatoire s’avèrent impossibles, il faudra recourir à la ré-hospitalisation.
Deuxième contre-vérité : M. Gigos affirme que « Cette loi est un mensonge puisqu’elle laisse croire que des médicaments psychotropes administrés de force vont soigner les malades gravement atteints ».
N’en déplaise à M. Gigos, et en dépit de la grande variabilité de l’évolution des psychoses, d’innombrables études ont démontré partout dans le monde que les neuroleptiques (ou antipsychotiques) ont une action favorable contre les symptômes dans 90% des cas et permettent à 80% des patients de vivre en milieu ordinaire. En outre ces médicaments augmentent l’espérance de vie des malades. Celle des malades schizophrènes est en effet considérablement amputée par rapport à la population générale (de 20 à 25 ans selon les études).
Troisième contre-vérité assénée à vos lecteurs par M. Gigos : « Cette loi … augmentera le nombre de personnes traitées par des neuroleptiques … Il faudra donc s’attendre à davantage d’actes violents résultant de ces traitements ».
On atteint là le summum de l’esprit manipulateur de ce Monsieur. Voilà des années et des années qu’il est établi, tout au contraire, que la plupart des rares patients auteurs de violences ou de troubles à l’ordre public sont alors en rupture de soins ou n’ont jamais eu accès aux soins.
Le Monde ne semble pas avoir dépisté non plus que l’argumentation de M. Gigos est calquée sur celle développée par la « Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme », dépendant officiellement de « l’église de Scientologie ». Comment une telle accumulation de propos inexacts et tendancieux a-t-elle pu passer les contrôles de votre publication sans susciter de réactions de la part de votre rédaction ? C’est une faute professionnelle. Une enquête nous paraît opportune car nous ne pouvons imaginer que Le Monde serve de relais à « l’église de Scientologie ».
La publicité faite par votre journal à ces hypocrisies ne manquera pas de choquer vos lecteurs les plus avertis. Plus gravement, elle risque d’éloigner des soins des personnes qui en auraient besoin et cela n’est pas admissible.
Par ailleurs, notre association est étonnée de l’écho quasi exclusif donné dans vos colonnes aux prises de position des groupes, minoritaires mais bruyants « Mais c’est un homme », « la Nuit sécuritaire », « l’Appel des 39 » au sujet de la loi sur la psychiatrie en débat au Parlement. Au prétexte de la présence dans ce projet de dispositifs sécuritaires effectivement inadmissibles[2], ils rejettent les propositions introduites pour faciliter l’accès aux soins et leur continuité. Ces groupes sont appuyés, il est vrai, par de respectables institutions (La Ligue des Droits de l’Homme) et par des partis politiques de gauche qui, comme vous, se sont laissé circonvenir par de pompeuses références au respect et à la liberté des malades. En agissant ainsi, ils instrumentalisent la psychiatrie exactement comme l’a fait le président Sarkozy dont ils dénoncent les vues « sécuritaires ». Nous considérons qu’il y a mieux à faire vis-à-vis des malades et de l’opinion. Par exemple, pourquoi ne pas interroger, parmi les électeurs et vos lecteurs, ceux qui ont mis des mois et parfois des années avant de parvenir à faire soigner leurs proches malades (du moins si ceux-ci n’étaient pas morts prématurément faute de soins)?
Comme nous vous l’avons exprimé plus haut, notre association qui réunit des personnes souffrant de schizophrénie, leurs proches, leurs amis est profondément blessée par l’attitude de votre journal qui témoigne :
- d’une totale ignorance de ce qu’est cette maladie au quotidien,
- d’une grande indulgence face à ceux qui propagent ces contrevérités,
- d’une complaisance coupable vis à vis de ceux qui font mine de ne pas voir que l’accès aux soins psychiatriques et leur continuité sont un désastre dans notre pays.
Pour essayer de corriger ces errements, qui, de notre point de vue, constituent de graves fautes professionnelles de la part d’un journal d’information, nous vous demandons instamment de prendre les trois décisions suivantes:
1) Faire paraître dès que possible dans la rubrique « courrier du jour » le court texte ci-joint.
2) Demander à un journaliste compétent en la matière d’écrire pour la rubrique « Médecine » ou pour la rubrique « Sciences » un article faisant enfin le point des connaissances actuelles sur la schizophrénie: définition, symptômes, soins etc. La boite noire du cerveau est plus qu’entrouverte, vos lecteurs doivent l’apprendre. L’abrégé « La schizophrénie de l’adulte : des causes aux traitements » du Dr M. Saoud et du Pr T. d’Amato (Masson ed.) devrait suffire à vous convaincre de la nécessité d’une telle publication. Le vote de la loi, prévu le 14 juin prochain, pourrait être l’occasion de sa parution urgente !
3) Lancer simultanément une enquête d’investigation qui révèle au grand public le scandale que constitue trop souvent en France la mauvaise prise en charge des troubles psychiatriques les plus invalidants. Des guides de bonnes pratiques existent !
Persuadés de l’intérêt que vous ne manquerez pas de porter à nos observations générales et à nos critiques concernant le manque de rigueur de votre prestigieuse publication et souhaitant une réponse positive à nos demandes de révisions, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Directeur, nos salutations distinguées.
Pour le bureau : Marie-Agnès Letrouit, Paul Cossé
[1] La dernière fois dans l’édition datée du 17 mai 2011,
[2]Partiellement corrigés par le Parlement
pour une levée des soins sans consentement graduelle, protégée et personnalisée
Un nombre important de patients, hospitalisés à grand’ peine dans le cadre d’une hospitalisation sans consentement, quittent l’hôpital au bout de quelques jours (au mieux, une ou 2 semaines) avec pour tout viatique une ordonnance et le conseil de « prendre rendez-vous avec un psychiatre». Si ces conseils ne sont pas suivis, aucun « soignant » ( ?) ne s’en inquiétera malgré les conséquences potentiellement graves pour le patient et la société.
Ces sorties ont été qualifiées avec raison d’ « externements abusifs »[1] car elles ne respectent pas la loi. Celle-ci stipule en effet que l’hospitalisation sans consentement est levée quand les conditions autorisant sa mise en place ne sont plus réunies: autrement dit, quand le malade a recouvré sa capacité à consentir et/ou que les soins lui seront assurés hors de l’hôpital. Or, concernant les pathologies le plus souvent en cause dans ces hospitalisations, il est prouvé que ces conditions ne disparaissent pas en quelques jours : les neuroleptiques et les antidépresseurs n’agissent pleinement qu’après plusieurs semaines de traitement continu et les troubles cognitifs, qui limitent la capacité du malade à consentir aux soins, restent présents de longs mois, souvent des années après la crise, voire toute la vie.
De nombreuses études ont montré[2] que la sortie de l’hôpital doit être à la fois rapide et accompagnée. Rapide, pour que la coupure d’avec le milieu ordinaire soit la plus courte possible. Accompagnée, pour éviter l’interruption des traitements et faciliter la resocialisation du patient.
C’est pourquoi notre association soutient fermement la possibilité de soins hors de l’hôpital dans le cadre de soins sans le consentement du malade. Cette possibilité existe d’ailleurs depuis 20 ans[3]. Sa faisabilité et son utilité sont donc bien établies.
Notre association approuve aussi l’obligation, nouvelle pour le psychiatre, de définir précisément le protocole de cette prise en charge.
Notre association demande en outre que ce processus « graduel, protégé et adapté aux capacités du patient » soit le mode habituel de levée des soins sans consentement.
Si les droits du malade en terme d’information et de prise de décision étaient respectés en psychiatrie, le protocole de sortie serait discuté et mis au point avec le malade et/ou ses proches (s’il n’a pas recouvré la totalité de sa capacité à consentir). Cela faciliterait la mise en œuvre des soins en ambulatoire. En effet, on constate souvent que, dans le cas d’une bonne alliance thérapeutique, le malade accepte les soins avant même d’avoir recouvré sa capacité à consentir et sa totale autonomie.
(Communiqué de presse du 9 mai 2011)
[1] Les tribunaux ne sont que très rarement saisis de ces cas fréquents de « mauvais traitements ».
[2] Tous les protocoles internationaux insistent sur l’absolue nécessité de la continuité, et des soins et de l’accompagnement médico-social.
[3] Il s’agit des « sorties d’essai » de 3 mois renouvelables (à distinguer des « permissions » de courte durée) et prévues dans la loi de 1990 « Afin de favoriser leur guérison, leur réadaptation ou leur réinsertion sociale, les personnes qui ont fait l’objet d’une hospitalisation sur demande d’un tiers ou d’une hospitalisation d’office peuvent bénéficier d’aménagements de leurs conditions de traitement sous forme de sorties d’essai, éventuellement au sein d’équipements et services ne comportant pas d’hospitalisation à temps complet. » Ce dispositif est assez fréquemment utilisé dans le cas d’HO, plus rarement dans le cas des HDT sans doute en partie à cause des lourdes contraintes procédurières qu’elles entraînent et que nous dénonçons par ailleurs.
pour une loi d’accès aux soins, prélude d’un plan de santé mentale
En 2008, notre association a pris parti sans hésiter[1] contre les mesures sécuritaires et discriminatoires, annoncées par le Président de la République à l’encontre des malades psychiatriques, auteurs de délits et de crimes.
Par ailleurs, depuis 2006[2], nous prônons la suppression de toute loi spécifique destinée à règlementer l’accès aux soins dans les services de psychiatrie. A notre avis, les dispositions des chapitres L. 1110 et L. 1111 du code de la santé publique[3] suffisent pour garantir aux malades un accès aux soins respectueux de leurs droits, en psychiatrie comme dans les autres services hospitaliers. A contrario, l’existence d’une loi spécifique nous paraît contre productive et délétère car elle semble justifier la méfiance que le public éprouve à l’égard des soins en psychiatrie.
— Dans ces conditions, pourquoi notre association ne demande-t-elle pas, comme d’autres, le retrait de la loi actuellement en discussion sur la prise en charge des personnes atteintes de troubles psychiatriques ?
— Parce que le retrait du projet de loi maintiendrait en vigueur la loi du 27 juin 1990. Or cette loi n’est pas satisfaisante : elle ne garantit aux malades ni l’accès aux soins, ni leur continuité, elle livre trop d’entre eux à la prison et à la rue[4].
Fallait-il attendre pour changer les choses l’élaboration du vaste « Plan Santé Mentale » que nous appelons de nos vœux ? Cela nous a paru trop aléatoire. Nous avons donc choisi d’amender le texte gouvernemental en proposant de nombreuses modifications. Nous constatons que l’Assemblée Nationale a amélioré le texte qui lui était soumis y compris dans sa partie la plus critiquable, relative aux soins sans consentement à la demande du représentant de l’Etat. Mais ce n’est pas suffisant. D’autres modifications sont nécessaires et possibles. Il revient aux sénateurs de les inclure dans la loi.
Nous faisons confiance aux parlementaires pour que, oubliant leurs rivalités, par respect pour les malades, leurs besoins et leurs souffrances, ils élaborent ensemble un texte qui soit à la fois humain, respectueux des droits des personnes et facile à mettre en œuvre.
(communiqué de presse du 4 mai 2011)
[1] Communiqué de presse du 28/12/2008 sur le site www.schizo-oui.com
[2] Sur notre site, consulter : 2006, Psychiatrie : Accès aux soins des personnes incapables de consentir. Un droit pour le malade, un devoir pour la société. I Constats II Propositions. Schizo-Infos n°2 et 3 ISNN 1950 4004
[3] Chapitres intitulés respectivement « Droits des malades et des usagers du système de santé » et « Information des usagers du système de santé et expression de leur volonté ».
[4] Voir les nombreux rapports écrits à ce sujet
accès et continuité des soins: un droit constitutionnel à garantir en psychiatrie
Le droit pour chacun d’accéder aux soins dont il a besoin, est un droit inscrit au préambule de la Constitution et réaffirmé dans l’article L. 1110-1 du Code de la Santé publique. Il concerne toute personne sans restriction y compris celles que leur état physique ou mental empêche de formuler une demande de soins. Ces dispositions permettent de soigner chaque jour sans difficulté particulière les milliers de victimes de crises cardiaques, accidents de la route, tentatives de suicides, démences, maladie d’Alzheimer….
L’association « SCHIZO ?…Oui ! Faire face à la schizophrénie » demande que ce droit fondamental soit respecté sans restriction à l’endroit des personnes souffrant de troubles psychiatriques affectant leur jugement, leur contact avec la réalité et leur capacité à consentir. Compte-tenu de l’importance éthique de l’évaluation de cette incapacité à consentir, elle doit se faire de la façon la plus rigoureuse possible, par un médecin, en respectant les protocoles existants, validés nationalement (Haute Autorité de Santé) ou internationalement (Organisation Mondiale de la Santé, World Psychiatric Association).
L’accès aux soins doit être le plus précoce possible car : « Il y a urgence médicale, dès que l’absence de soins risque d’entraîner une détérioration de l’état du malade ou l’empêcher de recevoir des soins appropriés »[1]. A contrario, attendre qu’il y ait danger (pour le malade ou pour autrui) ou qu’un trouble grave à l’ordre public se produise, est un facteur d’aggravation de la maladie, c’est une faute punissable selon les principes de non-assistance à personne en danger et/ou de mise en danger d’autrui. Tout organisme et toute personne susceptibles d’intervenir doivent aider le malade à accéder aux soins : autorités sanitaires, tout autre service public (police, pompiers, services sociaux, mairie) ou organisme privé, les usagers du système de santé et tous les citoyens. Ne pas intervenir est là encore une faute punissable.
Le problème n’est pas celui de soins psychiatriques médicalement «abusifs », ce n’est pas non plus celui de la « libération » prématurée de malades présumés dangereux. Le scandale, en France, c’est l’abandon sans soins, de centaines de milliers de personnes victimes de maladies graves, à l’origine, chaque année, de dizaines de milliers de morts prématurées.
Exigeons pour tous les malades inconscients de leur etat, qu’ils souffrent de maladies psychiatriques ou autres, un meme accès aux soins précoce, facile et digne.
(Communiqué de presse du 29 avril 2011)
[1] Haute Autorité de santé, avril 2005
Pour une politique de santé mentale rénovée en Ile-de-France
Un Plan Stratégique Régional de Santé est en cours de conception dans chaque Agence Régionale de Santé (ARS). Il concerne directement les associations d’usagers en santé mentale, domaine où l’action gouvernementale n’est pas à la hauteur des besoins, depuis plusieurs années. L’approche de Schizo-Oui a alimenté un Groupe de Travail Psychiatrie au sein du Collectif Interassociatif Sur la Santé d’Ile de France (CISS-IdF). Il propose un Plan de Santé Mentale régional pour satisfaire les besoins concrets des usagers. Notre argumentation et nos propositions d’action sont décrites dans un document de 10 pages qui sera bientôt affiché dans notre site Web. Voici un résumé du document.
Les problèmes identifiés par les associations d’usagers sont nombreux : difficultés d’accès aux soins, défaut d’aide en cas d’urgence, manque de continuité des soins et abandons de patients (les « perdus de vue »), aléas du diagnostic et de la prise en charge, entourage délaissé, méconnaissance des droits de l’usager en cas d’absence de consentement.
De multiples facteurs expliquent ces insuffisances : la sous-estimation de la part des maladies psychiatriques (30% de la population d’Ile-de-France) et des budgets nécessaires pour y faire face, les effets coûteux de tout retard dans la délivrance des soins, les inégalités géographiques de l’offre, l’hétérogénéité des activités et les files d’attentes des CMP (publics gratuits), le défaut de coordination entre les acteurs, la mosaïque des soins spécialisés opaque et méconnue des usagers, les dépassements d’honoraires en libéral. Globalement on constate l’excès de pouvoir de l’offre qui ignore les besoins locaux de la population. Read more
Une nouvelle loi pour soigner les fous, est-ce bien nécessaire ?
Dans son exposé des motifs, le projet de loi relatif aux droits et à la protection des personnes handicapées en raison de troubles mentaux affirme vouloir « lever les obstacles à l’accès aux soins et garantir leur continuité sans remettre en question les fondements des dispositifs actuels ». Il propose de remplacer la notion « d’hospitalisation » par celle de « soins sans consentement » y compris en dehors de l’ hôpital . L’ignorance du public, la peur des soins en psychiatrie sont un frein.
Des pratiques médicales fautives, dont le refus de soigner les patients incapables de se savoir malades et donc de demander des soins, en sont un autre.
Enfin une loi spécifique à la psychiatrie qui, loin de favoriser l’accès aux soins comme on aurait pu le croire, comparativement à la loi générale, ne fait que le compliquer, Read more
La parole des citoyens vivant des troubles psychiques.
Les familles et amis de schizophrènes manquent de repères et sont désemparés face aux préjugés, idées reçues, tabous stigmatisant « leur » parent malade. Il est urgent de promouvoir une autre image de la maladie mentale en donnant la parole aux principaux intéressés.
La famille n’est pas toujours informée par le généraliste et le psychiatre du diagnostic de la maladie, au prétexte du respect du secret médical. Au début des troubles, le diagnostic est incertain, la nomination de la maladie varie d’un spécialiste à l’autre,évolue au cours du temps, au lieu d’être attestée par un centre de référence reconnu. Les traitements chimiques lisibles sur la feuille de maladie permettent d’interroger les Bases de données sur les médicaments et d’en induire quelques hypothèses sur la maladie. Les psychothérapies sont également variées, inspirées de théories hétérogènes, en concurrence les unes avec les autres. C’est ainsi que le vécu quotidien des accompagnants risque d’être submergé par des mots qui n’éclairent pas la conduite à tenir au jour le jour. Read more

