Centres Experts en schizophrénie

décembre 8, 2011 · Classé sous politique de santé mentale 

Les obstacles rencontrés par les usagers et leur famille sont l’absence d’annonce du diagnostic, le flou du vocabulaire des soignants dans la désignation de la maladie, l’absence d’échelle d’évaluation des symptômes (par ex. déni, degré d’insight,…) et d’évaluation de la gravité du handicap. L’Organisation Mondiale de la Santé a constaté depuis longtemps la variabilité des diagnostics portés par des psychiatres sur un même malade. Une étude plus récente[1] a mesuré leur variation dans le temps à dix ans, et constaté une instabilité des diagnostics si forte (l’instabilité a concerné plus de la moitié des patients de l’échantillon) qu’il est finalement recommandé de ré-évaluer le diagnostic à chaque moment du suivi. Pour ce faire, un progrès significatif est attendu des Centres Experts.

Les Centres Experts sont spécialisés dans l’évaluation, le diagnostic et l’aide à la prise en charge d’une pathologie psychiatrique spécifique, telle que la schizophrénie. Labellisés par la Fondation FondaMental [2], et hébergés au sein de services hospitaliers ou de cliniques pluridisciplinaires, les Centres Experts incarnent un dispositif innovant et précurseur d’une politique de soins et de prévention.

Outil d’aide au diagnostic, au service des praticiens et des patients.

Malgré une prévalence élevée, le dépistage, le diagnostic et la prise en charge de la schizophrénie restent difficiles.

Le recours à ces Centres dédiés a pour ambition de faciliter le travail des praticiens, d’éviter le retard ou les erreurs de diagnostic, l’aggravation des troubles, et la survenue de pathologies associées, tant psychiatriques (conduites addictives, troubles anxieux) que somatiques (maladies cardio-vasculaires, diabète, syndrome métabolique) ainsi qu’une désinsertion sociale et professionnelle, voire des conduites suicidaires.
Ils réunissent des équipes pluridisciplinaires (psychiatre, médecin généraliste, psychologue clinicien, infirmier, ergonome, …) qui utilisent les mêmes standards d’évaluation par pathologie, et sont bien informées des recommandations internationales. Cette composition de l’équipe est un avantage considérable par rapport à l’isolement habituel du médecin référent, dont le diagnostic basé sur son expérience clinique particulière est seulement auto-référencé.

Outil visant l’amélioration des soins

Outre l’information du patient et de sa famille sur la maladie , certaines stratégies thérapeutiques spécifiques sont proposées au sein des Centres Experts, telles que la psychoéducation et la remédiation cognitive.

La psychoéducation des troubles de la schizophrénie fait partie des recommandations internationales de prise en charge mais reste encore trop marginale à l’heure actuelle en France, bien que cette thérapie innovante soit efficace (diminution du taux de rechutes, meilleure adhérence au traitement médicamenteux…) et relativement peu coûteuse. . La psychoéducation permet au patient de devenir expert de sa maladie et de développer des stratégies de gestion au quotidien. Elle peut même être étendue à l’entourage par des programmes de thérapie cognitio-comportementale, tels que Profamille, importés du Canada, réalisés depuis peu en France.

La remédiation cognitive est plus spécifiquement utilisée en complément du traitement médicamenteux de la schizophrénie ; elle permet de travailler les déficits cognitifs occasionnés par la pathologie (trouble de l’attention, troubles de la mémoire, etc.)..

Comment accéder à un Centre Expert ?

Les Centres Experts sont des dispositifs reposant sur un partenariat avec les différents acteurs du soin (médecins généralistes, psychiatres libéraux et hospitaliers).

Ils accueillent les patients – en dehors de la période de crise – sur demande écrite du médecin référent (psychiatre, médecin généraliste, spécialiste..). Cette demande doit être adressée par courrier au Centre Expert afin qu’un rendez-vous soit proposé au patient. En adressant son patient au Centre Expert, le psychiatre ou le médecin généraliste bénéficie d’un regard extérieur et objectif sur son patient et sur le traitement à envisager, poursuivre, modifier ou ajuster pour être en parfaite adéquation avec les antécédents ou risques du patient (suicide, maladies cardiovasculaires, diabète…) mis en évidence lors du bilan effectué au Centre Expert. A cette occasion, le médecin référent reçoit un compte rendu détaillé de l’évaluation ainsi que des propositions de prise en charge afin de définir un projet de soins personnalisé, approprié au cas du patient. Une ré-évaluation est proposée tous les 6 mois lors d’une consultation de suivi au Centre Expert. Le médecin référent peut à tout moment demander un avis complémentaire ou se mettre en contact avec le Centre Expert.

Liste des Centres Experts en schizophrénie en France

Alsace Pôle de psychiatrie
Responsable : Jean-Marie Danion
Centre Hospitalier Régional Universitaire de Strasbourg
1, pl de l’Hôpital
67091 Strasbourg Cedex

Auvergne Service de psychiatrie B
Responsable : Pierre-Michel Llorca
CHU de Clermont-Ferrand
Rue Montalembert
63003 Clermont Ferrand Cedex 3

Ile-de-France Service de psychiatrie adulte
Responsable : Marie-Christine Hardy-Baylé
Hôpital André Mignot
177, rue de Versailles
78157 Le Chesnay Cedex

Pôle de psychiatrie et addictologie
Responsable : Jean Adès
Hôpital Louis Mourier
178 rue des Renoulliers
92700 Colombes

Pôle de psychiatrie
Responsable : Marion Leboyer
Hôpital A. Chenevier
40 Rue de Mesly
94010 Créteil Cedex

Languedoc-Roussillon Service universitaire de psychiatrie adulte. 
Responsable : Jean-Philippe Boulenger
Hôpital La Colombière
39 Avenue Charles Flahault
34295 Montpellier Cedex 5

Provence-Alpes-Côte d’Azur Service de psychiatrie et de psychologie médicale
Responsable : Christophe Lançon
C.H.U. Pavillon Estier
270, Bld Sainte Marguerite
13274 Marseille Cedex 09

Rhône-Alpes Centre Hospitalier Le Vinatier
Responsable : Thierry D’Amato
Service psychiatrie générale adulte (Pôle G 10)
95 Bd Pinel
69677 Bron Cedex


[1] Evelyn J. Bromet & al. : « Diagnostic shifts during the decade following first admission for psychosis » American Journal of. Psychiatry 2011; 168-11: 1186–1194.

[2] <http://www.fondation-fondamental.org>

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